Face à la croissance démographique, à la pression foncière et aux défis liés à l’urbanisation, la région du Littoral est engagée dans une dynamique de transformation de son cadre de vie. Dans cet entretien, François ZEBAZE, Délégué Régional de l’Habitat et du Développement Urbain du Littoral, décrypte les principaux enjeux du secteur, les actions en faveur de l’habitat social, ainsi que les avancées en matière de voirie, d’assainissement, de drainage et d’aménagement urbain. Il dévoile également les priorités de sa délégation pour accompagner l’émergence d’un territoire moderne, mieux structuré et offrant un cadre de vie de qualité aux populations.
Cameroun Express: Monsieur le Délégué, comment se présente aujourd’hui la situation de l’habitat dans la région du Littoral, notamment dans les principaux centres urbains comme Douala, et quels sont les changements majeurs que vous avez pu observer depuis votre arrivée ?
Délégué Régional: La Région du Littoral, comme vous le savez, est constituée de quatre départements : le Moungo, le Nkam, la Sanaga-Maritime et le Wouri. Elle compte 32 communes et trois communautés urbaines. L’ensemble de ces collectivités connaît une dynamique démographique et urbaine importante, particulièrement dans les principaux centres urbains comme Douala.
Cette croissance démographique et l’extension rapide des agglomérations entraînent naturellement de nouveaux besoins en matière de mobilité, de logement, d’assainissement, d’équipements collectifs et d’amélioration du cadre de vie.
Face à ces enjeux, plusieurs actions sont menées par les pouvoirs publics et les collectivités territoriales.
En matière de mobilité, la construction et l’aménagement des voies et dessertes constituent une priorité. Nous enregistrons une moyenne d’environ 100 kilomètres d’interventions sur les voiries de la Région du Littoral, à travers différents types de revêtement, notamment le gravillonnage, le béton bitumineux et les pavés autobloquants. Ces interventions contribuent à améliorer la circulation des personnes et des biens.
La lutte contre les inondations constitue également un axe majeur de notre action. Elle passe notamment par la construction de drains, l’aménagement des bas-fonds et la libération des passages naturels des eaux. Dans la ville de Douala, les projets tels que le PDVIR et le PVGFD ont permis la réalisation de plus de 20 kilomètres de drains structurants, tandis que d’autres interventions sont menées dans les différentes villes de la région.
En matière de logement, plusieurs initiatives sont également en cours, notamment le programme gouvernemental de construction de logements sociaux, la réalisation de cités municipales et l’intervention des promoteurs privés. L’objectif est de favoriser progressivement l’accès à des logements décents et abordables, notamment pour les ménages à revenus modestes.
Enfin, l’assainissement et l’hygiène en milieu urbain constituent une composante essentielle de l’amélioration du cadre de vie. Cela passe à la fois par la sensibilisation des populations, l’accompagnement des collectivités et le renforcement de la lutte contre les mauvaises pratiques, afin de construire des villes modernes, propres et agréables à vivre.
Cameroun Express: Avec la croissance démographique et l’essor économique de certaines villes, la région du Littoral connaît une forte pression foncière et immobilière. Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels vous êtes confrontés en matière d’urbanisation et de maîtrise de l’occupation des sols ?
Délégué Régional: Avec 32 communes connaissant une croissance démographique et urbaine soutenue, la Région du Littoral est effectivement confrontée à une forte pression foncière. Dans ce contexte, la maîtrise de l’occupation des sols constitue l’un des principaux facteurs d’une urbanisation harmonieuse et durable.
Le premier outil dont nous disposons est la planification urbaine. Les documents de planification constituent le référentiel qui permet d’organiser l’occupation des sols, de définir les différentes vocations des espaces et de faire respecter les règles d’urbanisme.
Ces documents permettent également d’identifier les zones à risques, notamment les secteurs exposés aux inondations ou aux glissements de terrain, ainsi que les servitudes et les espaces impropres à la construction. Ils constituent donc un véritable outil de prévention et de sécurisation des personnes et des biens.
Notre autre défi majeur est celui de l’anticipation. Il faut être capable d’anticiper l’extension des villes en planifiant suffisamment tôt les nouvelles zones d’urbanisation, avant qu’elles ne soient occupées de manière anarchique.
Il est également essentiel de viabiliser ces nouveaux espaces en prévoyant les réseaux d’eau et d’électricité, les voiries, les équipements collectifs et les autres infrastructures nécessaires. C’est à cette condition que nous pourrons accompagner la croissance de nos villes tout en évitant l’étalement urbain désordonné et l’occupation des zones à risques.
Cameroun Express: L’accès à un logement décent demeure une préoccupation pour de nombreuses populations. Quelles sont les actions engagées par le ministère de l’Habitat et du Développement urbain pour favoriser l’habitat social et améliorer les conditions de logement des populations de la région du Littoral ?
Délégué Régional: L’amélioration des conditions de logement des populations constitue une priorité du Gouvernement, aussi bien au niveau national que dans la Région du Littoral.
Dans ce cadre, le Gouvernement a engagé un programme de construction de logements sociaux à travers le pays. La Région du Littoral bénéficie pleinement de cette dynamique, avec plus de 1850 logements concernés avec les équipements sociaux collectifs, ainsi que l’aménagement de parcelles destinées à accompagner le développement de l’habitat.
Par ailleurs, l’État, à travers le MINHDU, a réalisé plusieurs programmes de logements à travers le pays. Ces logements sont notamment commercialisés et gérés par la Société Immobilière du Cameroun, la SIC, à laquelle cette mission a été confiée.
Dans la Région du Littoral, nous avons également engagé des actions spécifiques en partenariat avec les promoteurs immobiliers. Je peux notamment citer le projet de logements destinés aux moto-taximen, avec près de 134 logements témoins actuellement en construction dans la ville de Douala.
Les cités municipales constituent également une réponse importante à la problématique du logement. Leur développement dans les communes permet de proposer des solutions de logement à coût relativement accessible et de favoriser une urbanisation mieux maîtrisée.
Enfin, nous travaillons à une meilleure organisation du secteur immobilier. L’exercice de la profession de promoteur immobilier est désormais encadré par un système d’agrément, tandis que les agents immobiliers doivent disposer d’une carte professionnelle. Ces mécanismes permettent d’améliorer la sécurité et la traçabilité des transactions immobilières et de contribuer à la lutte contre les pratiques illicites, notamment le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Cameroun Express: Le développement urbain ne peut être durable sans infrastructures et équipements adaptés. Où en est-on en matière de voirie, d’assainissement, de drainage, d’aménagement des quartiers et d’accès aux services essentiels dans les villes et communes de la région du Littoral ?
Délégué Régional: Des efforts considérables sont actuellement consentis dans l’ensemble de la Région du Littoral pour améliorer les infrastructures et les équipements urbains.
Ces interventions concernent notamment la voirie, le drainage, l’assainissement, l’aménagement des quartiers et, plus largement, l’amélioration de l’accès aux services essentiels.
À titre d’exemple, en 2026, la Région du Littoral a bénéficié de plus de 1,5 milliard de FCFA transférés aux collectivités territoriales décentralisées pour la réalisation de projets d’infrastructures et de planification urbaine, dans le cadre de la décentralisation des ressources de l’État transférées par le MINHDU.
À ces ressources s’ajoutent plus de 200 milliards de FCFA de financement destinés notamment à des projets structurants tels que le BRT, le PDVIR et le PVGFD.
Ces différents investissements contribuent à améliorer la mobilité urbaine, à renforcer les infrastructures de drainage et d’assainissement, à réduire la vulnérabilité des populations face aux inondations et, plus globalement, à renforcer la résilience urbaine de la ville de Douala et des autres villes de la Région du Littoral.
Notre objectif est de faire en sorte que les investissements réalisés aujourd’hui répondent non seulement aux besoins actuels des populations, mais permettent également à nos villes de mieux anticiper les défis futurs.
Cameroun Express: Pour conclure, quelles sont les grandes priorités de votre délégation pour les prochaines années afin d’accompagner la transformation de la région du Littoral en un territoire moderne, bien aménagé et offrant un cadre de vie de qualité à ses populations ?
Délégué Régional: Pour les prochaines années, notre ambition est d’accompagner pleinement la transformation de la Région du Littoral en un territoire moderne, résilient, inclusif et attractif, capable de répondre aux besoins croissants de ses populations.
Notre première priorité sera la maîtrise de l’urbanisation et le renforcement de la planification urbaine. Nous devons anticiper l’expansion de nos villes à travers l’élaboration et la mise en œuvre effective des documents de planification, afin de mieux maîtriser l’occupation des sols, de préserver les zones à risques et d’orienter harmonieusement le développement des nouveaux quartiers.
La deuxième priorité concerne le renforcement des infrastructures et des équipements urbains, notamment la voirie, le drainage, l’assainissement et l’aménagement des quartiers. Dans une région particulièrement exposée aux inondations, la poursuite des travaux de drainage et la préservation des passages naturels des eaux demeureront essentielles pour renforcer la résilience de nos villes.
Nous accorderons également une attention particulière à la promotion d’un habitat décent et accessible, à travers la poursuite des programmes de logements sociaux, le développement des cités municipales et l’accompagnement des initiatives des promoteurs privés.
Nous devons aussi intensifier la lutte contre l’occupation anarchique des sols et les constructions dans les zones à risques, en renforçant à la fois la sensibilisation, le contrôle et l’application de la réglementation en matière d’urbanisme et de construction.
Enfin, nous souhaitons renforcer la collaboration avec les collectivités territoriales décentralisées, les populations, le secteur privé et les partenaires au développement. La transformation durable de la Région du Littoral ne peut être l’œuvre d’une seule administration. Elle nécessite une action concertée et une responsabilité partagée.
Notre vision est donc claire : faire de la Région du Littoral un territoire mieux planifié, mieux desservi, plus résilient face aux risques et offrant des logements décents ainsi qu’un cadre de vie de qualité à ses populations.
C’est dans cette dynamique que la Délégation Régionale du MINHDU entend poursuivre son action, en mettant son expertise au service des collectivités et du développement harmonieux et durable de nos villes.
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