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Patrimoine Culturel: Le Féo Kagé à la conquête de l’UNESCO

Une importante délégation conduite par Sa Majesté Dr Pohowe Emmanuel a été reçue, le 17 septembre 2026, le Ministre des Arts et de la Culture (MINAC), Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt. Au centre de cette audience : le Féo Kagé, communément appelé Fête du Coq, dont la communauté souhaite voir le dossier cheminer vers une inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Le patrimoine culturel camerounais pourrait bientôt s’enrichir d’une nouvelle reconnaissance internationale. Le Feo Kague, littéralement associé à la « fête du Coq », fait désormais l’objet d’une démarche visant son inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

C’est dans cette perspective que le Ministre des Arts et de la Culture a reçu en audience, le 17 septembre 2026, dans la salle de convivialité du Musée National, une délégation de la communauté Tupuri. Celle-ci était notamment conduite par Dr Ing. Emmanuel Pohowe, Directeur Général Adjoint de la CICAM, et M. Danlai Tinakreo, Secrétaire Général du Chef Spirituel Supérieur et Coutumier des Tupuri du Tchad-Cameroun, « Wang Doré ».

L’audience a essentiellement porté sur la présentation du projet d’inscription du Feo Kague sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO et sur les différentes étapes nécessaires à la constitution d’un dossier de candidature solide. La démarche engagée auprès du MINAC intervient dans un contexte où les communautés traditionnelles sont confrontées aux transformations sociales et culturelles liées à la modernité. Une éventuelle reconnaissance internationale contribuerait à renforcer les mécanismes de sauvegarde du Féo Kagé, notamment à travers la documentation, la transmission des savoirs et la valorisation des pratiques culturelles qui l’accompagnent.

L’enjeu est également touristique et économique. La mise en valeur de cette tradition pourrait contribuer à mieux faire connaître plusieurs localités et espaces culturels du pays Tupuri, notamment Tchatibali, Touloum, Dziguilao, Doukoula et Doré, en attirant chercheurs, visiteurs et acteurs culturels. La jeunesse figure également parmi les bénéficiaires attendus de cette dynamique, à travers les opportunités liées à la culture, au tourisme et à l’organisation des manifestations patrimoniales. Au terme de l’audience, la démarche de la communauté Tupuri aurait reçu une attention favorable de la part du département ministériel en charge des Arts et de la Culture.

Le ministère devrait notamment apporter un accompagnement technique à la constitution du dossier. Celui-ci devra reposer sur une documentation suffisamment solide : recherches historiques et scientifiques, témoignages, photographies, vidéos, inventaires et autres éléments permettant de documenter le Féo Kagé et ses différentes composantes. La procédure devra ensuite suivre les étapes nationales prévues avant toute éventuelle transmission à l’UNESCO. Avec cette démarche, la communauté Tupuri entend faire sortir le Féo Kagé du seul cadre communautaire pour le présenter comme un patrimoine culturel dont la sauvegarde et la transmission méritent une attention accrue.

Manifestation culturelle et rituelle profondément ancrée dans la tradition Tupuri, le Feo Kague est célébré principalement dans la partie septentrionale du Cameroun et au Tchad voisin. La célébration intervient généralement à la fin du cycle des récoltes, entre septembre et novembre.

Au-delà de son caractère festif, cette tradition constitue un temps fort de la vie spirituelle et communautaire. Elle est notamment l’occasion de rendre grâce à Dieu et aux ancêtres pour les récoltes et les pluies, mais également de formuler des vœux de paix, de protection, de prospérité et d’harmonie sociale pour la nouvelle année. La célébration est également associée au Bil-Bil, boisson traditionnelle à base de mil, qui accompagne les moments de convivialité et de partage.

Mais le Feo Kague ne se résume pas à une fête. Il est présenté comme un véritable espace de réconciliation, de pardon, de partage et de transmission intergénérationnelle. À travers les rites, les chants, les pratiques et les rassemblements communautaires, les générations se retrouvent autour d’un patrimoine qui contribue à maintenir le lien entre les membres de la communauté. Certains aspects du rituel demeurent toutefois réservés aux chefs spirituels et aux initiés, conformément aux règles traditionnelles qui encadrent cette pratique.

« L’homme Tupuri ne fête pas simplement le coq, il fête la vie », explique Sa Majesté Dr Emmanuel Pohowe, pour qui cette célébration constitue surtout un moyen de rappeler aux jeunes générations l’histoire et l’héritage laissés par leurs ancêtres.

Présente de part et d’autre de la frontière entre le Cameroun et le Tchad, la communauté considère le Féo Kagé comme un élément susceptible de renforcer les liens culturels entre les deux pays. Cette dimension pourrait donner à la démarche une portée sous-régionale, le patrimoine culturel pouvant devenir un espace de dialogue, de transmission et de rapprochement entre les communautés concernées.

De Yaoundé à l’UNESCO, le chemin reste long et nécessite encore plusieurs étapes. Mais pour les initiateurs du projet, une première porte vient de s’ouvrir : celle du Ministère des Arts et de la Culture. Le Féo Kagé a ainsi commencé à faire entendre sa voix au-delà de son terroir. Et, avec lui, c’est toute une mémoire, une identité et une histoire que le peuple Tupuri souhaite désormais porter vers la scène culturelle internationale.

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